Le 27 juillet 2020, Agnes Reeves Taylor, qui venait de quitter le Royaume-Uni, a tenu une conférence de presse à Monrovia, au Liberia, au cours de laquelle elle s’est exprimée en détail sur sa détention et sur l’affaire de torture la concernant au Royaume-Uni. Mme Reeves Taylor a déclaré que cette conférence de presse avait pour objectif de « rétablir les faits » face aux « informations erronées et mensonges » qui, selon elle, avaient été diffusées à son sujet.
Ces prétendues «fausses informations et mensonges »comprennent les témoignages des victimes directes et des témoins de ses crimes présumés, qui ont été considérés par un tribunal pénal britannique comme des preuves « prima facie » (juridiquement suffisantes) à l’appui des chefs d’accusation retenus contre elle. Cependant, comme Mme Reeves Taylor n’a finalement pas été jugée au Royaume-Uni, les preuves à son encontre n’ont pas été examinées par un tribunal.
Chez Civitas Maxima et au sein du Global Justice and Research Project (GJRP), nous sommes consternés et profondément préoccupés par la campagne publique que semble mener Mme Reeves Taylor à l’encontre des personnes et des organisations qui ont apporté leur aide aux autorités britanniques dans le cadre de leur enquête. Les menaces et les actes d’intimidation à l’encontre des témoins, des victimes et des défenseurs des droits de l’homme sont la marque distinctive des dictatures, et non des démocraties comme le Libéria. Nous condamnons sans équivoque les déclarations de Mme Taylor, qui ne cessent de citer et de prendre pour cible les personnes et les organisations œuvrant sans relâche pour la justice au Libéria.
Hassan Bility et le personnel du GJRP sont eux-mêmes des survivants des guerres civiles. Ce sont des Libériens ordinaires qui ont consacré leur vie à venir en aide aux victimes et aux survivants de ces guerres, en recueillant leurs témoignages et en les accompagnant dans leur quête de justice. M. Bility et le GJRP mènent leur action au prix de risques personnels considérables – des risques qui se sont considérablement accrus suite au retour au Libéria de plusieurs auteurs présumés de crimes, et qui se sont encore aggravés à la suite des propos de Mme Reeves Taylor.
M. Bility est également un défenseur des droits de l’homme de renommée internationale, et son équipe – qui comprend des enquêteurs formés à l’international – mène ses enquêtes conformément aux normes internationales, sans crainte ni favoritisme.Mme Reeves Taylor a déclaré que leur travail «devait cesser».Mais le GJRP ne s’arrêtera pas. Le GJRP est, et a toujours été, du côté des victimes libériennes oubliées – ces mêmes victimes que Mme Reeves Taylor qualifie sans pitié de «malveillantes », de «vicieuses »et de «menteuses». Ses propos illustrent de manière effrayante l’importance vitale du travail du GJRP : donner la parole aux victimes qui ont dû souffrir en silence alors que l’impunité régnait au Libéria. De telles tentatives visant à discréditer et à réduire les victimes au silence démontrent qu’il est aujourd’hui plus important que jamais que M. Bility et le GJRP poursuivent leur travail essentiel consistant à documenter les crimes de guerre et à aider les victimes dans leur quête de justice.
Il est très inquiétant de voir Mme Reeves Taylor utiliser la tribune publique d’une conférence de presse pour défendre explicitement l’ancien groupe rebelle, le Front patriotique national du Libéria (NPFL), contre des accusations de viol. Bien que Mme Reeves Taylor ait été absente du Libéria pendant plus de 20 ans, le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) fait office de témoignage, documentant le fait indéniable que le NPFL et d’autres groupes impliqués dans les guerres civiles ont commis des actes de violence sexuelle à grande échelle. La CVR ne doit pas être instrumentalisée, mais mise en œuvre.
«Je me soumets au système judiciaire libérien afin qu’il examine ces mensonges et en détermine la plausibilité», a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse. Nous appelons l’actuel gouvernement du Libéria à accepter l’invitation de Mme Reeves Taylor et à se conformer enfin à ses obligations découlant des traités internationaux ainsi qu’aux recommandations de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), en veillant à ce que les personnes qui auraient commis des crimes pendant les guerres civiles puissent être traduites en justice au niveau national. Si elle est innocente, cela ne peut être prouvé que devant un tribunal impartial et non lors d’une conférence de presse.
Il est aujourd’hui plus important que jamais que le gouvernement libérien tienne compte des appels lancés par les Libériens et la communauté internationale en faveur de la création d’un tribunal chargé de juger les crimes de guerre. D’ici là, le Libéria restera le pays de l’impunité, où les criminels de guerre peuvent trouver refuge. Et c’est là le plus grand tort que l’on puisse faire à toutes les personnes qui ont perdu la vie ou souffert, à celles qui ont eu le courage de témoigner, ainsi qu’à celles et ceux qui militent sans relâche pour que justice soit faite et que les responsables rendent des comptes.
Tout au long de la conférence de presse, Mme Reeves Taylor a tenté à plusieurs reprises de discréditer les personnes, les organisations et les autorités britanniques impliquées dans l’enquête la concernant, en diffusant des informations erronées. Elle a notamment affirmé avoir été arrêtéeavant même qu’une enquête ne soit ouverte à son encontre. À l’instar de nombreuses allégations infondées formulées par Mme Reeves Taylor, cette affirmation est manifestement fausse.Civitas Maxima et le GJRP ont fourni aux autorités britanniques, dès 2013, des informations concernant les crimes qui lui sont reprochés, ce qui a donné lieu à une enquête approfondie menée par la police métropolitaine au cours des années ayant précédé son arrestation en 2017.
Enfin, et ce n’est pas le moins important, Mme Reeves Taylor a remis en cause notre intégrité en tant qu’organisations non gouvernementales et à but non lucratif : elle a affirmé que Civitas Maxima et le GJRP menaient leurs activités dans un but lucratif – car, selon elle, documenter les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité serait une «mine d’or ». Les ONG comme les nôtres sont tenues par la loi de tenir une comptabilité rigoureuse. Nos comptes sont publics et nous avons toujours fait preuve de transparence. Depuis notre création en 2012, nous n’avons jamais accepté de financement public – contrairement à de nombreuses autres ONG – afin de rester totalement indépendants de toute influence potentielle, et nous appliquons un code de déontologie très strict en matière de dons. Nos comptes de l’année 2019 sont disponibles ici.