Responsabilité des entreprises

Les acteurs du secteur privé ne sont pas à l’abri de poursuites en vertu du droit pénal international. Civitas Maxima œuvre pour que les entreprises et les individus qui tirent profit de crimes de guerre et de violations des droits humains répondent de leurs actes, tout en accompagnant les victimes de ces crimes.

Qu'est-ce que la responsabilité des entreprises ?

La responsabilité des entreprises est un mouvement en plein essor visant à mettre en cause les entreprises pour les violations des droits humains auxquelles elles sont liées. Elle peut s’exercer par le biais de mécanismes de responsabilité pénale, administrative ou civile permettant aux victimes d’accéder à la justice.

La responsabilité des entreprises repose sur l’idée que les acteurs du secteur privé ont la responsabilité de respecter et de promouvoir les droits humains tout au long de leur chaîne d’approvisionnement, c’est-à-dire à travers l’ensemble du réseau de personnes et d’entités impliquées, depuis l’extraction et l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la fabrication et à la distribution du produit final.

Ce concept a été développé dans les Principes Directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, adoptés en 2011. Bien qu’ils ne soient pas juridiquement contraignants, ces Principes directeurs constituent un cadre largement reconnu pour promouvoir des pratiques commerciales responsables.

Ce cadre s’articule autour de trois principes fondamentaux : 1. les États ont l’obligation de protéger les personnes contre les atteintes aux droits humains, y compris celles commises par des entreprises, en prenant des mesures pour les prévenir, enquêter sur celles-ci, les sanctionner et y remédier ; 2. les entreprises doivent respecter les droits humains et s’abstenir d’y porter atteinte, ainsi que prendre des mesures pour remédier aux conséquences négatives sur les droits humains qu’elles causent ; et 3. les États doivent garantir aux personnes victimes d’atteintes aux droits humains l’accès à des recours effectifs.

Conformément au troisième principe, la responsabilité des entreprises vise à mettre fin à l’impunité dont ont bénéficié les acteurs du secteur privé au cours des dernières décennies, alors même qu’ils ont notamment eu recours au travail des enfants, exercé des violences à l’encontre de leurs travailleurs, porté atteinte aux droits fonciers, déplacé des communautés et pollué leur environnement.

La mise en cause de la responsabilité des entreprises intervient principalement au niveau national, lorsque des législations spécifiques permettent aux victimes ou aux autorités publiques d’engager des actions en justice non seulement contre les personnes liées à l’entreprise, mais aussi contre l’entreprise elle-même, pour des violations des droits humains.

Les origines de la responsabilité des entreprises à Nuremberg

Le précédent historique en matière de responsabilité des entreprises trouve son origine dans les procès dits des « industriels », qui se sont tenus à Nuremberg après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trois procès ont été menés par les autorités américaines contre quarante-deux personnes liées aux entreprises Flick, Krupp et I.G. Farben. Ces trois entreprises étaient respectivement actives dans la production de charbon et d’acier, la sidérurgie et l’armement lourd, et la fabrication de produits chimiques. Toutes trois ont joué un rôle important dans le développement de l’armement militaire du régime nazi.

Sur les quarante-deux accusés, vingt-sept ont été reconnus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment pour le recours au travail forcé et le pillage de territoires occupés par l’Allemagne. Si le Statut de Nuremberg ne prévoyait pas la possibilité de poursuivre directement des entités, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’États, il a néanmoins clairement permis de poursuivre et de condamner des dirigeants, administrateurs et cadres d’entreprises pour des crimes commis dans le cadre des politiques de ces entreprises.

Notre travail

Civitas Maxima travaille sur différentes affaires visant à faire en sorte que les acteurs du secteur privé répondent de leur participation à des crimes internationaux, notamment dans le cadre du commerce illégal des diamants de sang pendant la guerre civile en Sierra Leone (1991–2002).

En septembre 2021, avec le soutien de Civitas Maxima et du Center for Accountability and Rule of Law (CARL), une victime du commerce des diamants de sang en Sierra Leone a déposé une plainte pénale devant l’Audiencia Nacional, en Espagne, contre l’homme d’affaires Manuel Terrén Parcerisas pour des crimes internationaux.

Manuel Terrén Parcerisas aurait travaillé pour une entreprise basée en Europe qui, par l’intermédiaire de ses filiales en Afrique de l’Ouest, aurait facilité le commerce illégal de pierres précieuses provenant de Sierra Leone. Entre 1997 au moins et 2002, Manuel Terrén Parcerisas aurait fait commerce de diamants avec le groupe armé non étatique Revolutionary United Front (RUF), ces diamants ayant été obtenus grâce à l’exploitation de civils réduits en esclavage dans le district de Kono, en Sierra Leone, riche en ressources diamantifères. Les pierres précieuses ainsi acquises auraient ensuite été acheminées vers Monrovia, au Libéria, avant d’être vendues sur le marché international.

Manuel Terrén Parcerisas a été arrêté à Malaga, en Espagne, le 2 juillet 2024, puis remis en liberté le 24 juillet 2024. En février 2026, l’Audiencia Nacional a confirmé l’élargissement de l’enquête à des infractions de blanchiment d’argent ainsi qu’à d’autres suspects. L’enquête est toujours en cours et différentes mesures d’investigation sont actuellement menées.

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