Communiqués de presse

Un ancien commandant rebelle libérien présumé a été arrêté aux États-Unis

  • 29/03/2022

Sekou Kamara, qui aurait été un ancien commandant du groupe rebelle LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) pendant la deuxième guerre civile libérienne (1999-2003), a été arrêté à New York, aux États-Unis, le 26 mars 2022.

Une plainte pénale a été déposée la semaine dernière devant le tribunal fédéral de première instance de Pennsylvanie-Est. M. Kamara est soupçonné d'avoir menti aux autorités américaines de l'immigration au sujet de son rôle au sein de la faction rebelle du LURD afin d'entrer sur le territoire, d'obtenir une carte de résident permanent (également appelée « carte verte ») puis de s'en servir pour obtenir d'autres documents. Selon les autorités, ses noms de guerre étaient « Général K-1 » et « Général Dragon Master ».

Lors de sa demande initiale de visa pour se rendre aux États-Unis, M. Kamara avait déclaré n’avoir jamais été membre ni impliqué dans une «unité paramilitaire, un groupe d’autodéfense, un groupe rebelle, une guérilla ou une organisation insurgée». Or, M. Kamara aurait été un membre haut placé du LURD, qui avait été classé parmi les groupes terroristes de « niveau III » en raison de ses activités violentes et de ses violations des droits de l’homme. La Commission libérienne pour la vérité et la réconciliation (TRC)a reconnule LURD comme l’un des principaux groupes responsables de violations des droits de l’homme actifs pendant la deuxième guerre civile libérienne.

La plainte montre que M. Kamara serait apparu dans plusieurs reportages consacrés à la deuxième guerre civile libérienne, notamment dans un article du New York Times datant de 2003 et dans undocumentaire.

L'affaire M. Kamara est la troisième procédure pénale publique engagée à Philadelphie en lien avec les guerres civiles au Libéria.

Cette décision fait suite àla condamnation en 2017et àla peine de 30 ans de prisonprononcée à l’encontre deMohammed Jabbateh, ancien commandant de l’ULIMO (Mouvement uni de libération du Libéria pour la démocratie), ainsi qu’àla condamnation en 2018deThomas Woewiyu, ancien porte-parole et ministre de la Défense du NPFL (Front national patriotique du Libéria), quiest décédé des suites du COVIDen avril 2020 avant d'avoir pu être condamné.

Civitas Maxima et son organisation sœur basée au Libéria, le Global Justice and Research Project (GJRP), ont apporté leur aide aux autorités américaines au cours de ces deux enquêtes précédentes en facilitant le déplacement de près de 40 Libériens à Philadelphie afin qu'ils puissent témoigner devant le tribunal contre Jabbateh et Woewiyu, et ont assuré, en collaboration avec des partenaires externes,un suivijuridique des deux procès.

Il s'agit également de la neuvième affaire publique depuis 2012 pour laquelle Civitas Maxima et le GJRP ont apporté ou apporteront leur aide aux autorités américaines et européennes.

Si l'affaire est poursuivie, M. Kamara serait le premier commandant présumé du LURD à être jugé dans le cadre de la deuxième guerre civile libérienne.

Bien que le rapport final de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), publié en 2009, ait recommandé l’ouverture de poursuites pénales et la création d’un tribunal spécialisé chargé de juger les crimes de guerre commis au Libéria, personne n’a jamais été poursuivi ni jugé dans ce pays pour les crimes commis pendant ces guerres. Ces deux conflits successifs (1989-1997 et 1999-2003) ont fait plus de 250 000 morts et provoqué l'exode de centaines de milliers de réfugiés.