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Lisa Cohen
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ABUJA, Nigeria, le 4 octobre 2022 –Le Center for Justice and Accountability, en collaboration avec ses partenaires, l’Institute for Human Rights and Development in Africa (IHRDA) et le cabinet Debevoise & Plimpton LLP, aintenté une action en justicecontre le gouvernement du Libéria au nom des survivants d’un massacre brutal perpétré en 1990 à l’église luthérienne Saint-Pierre de Monrovia, ainsi qu’au nom d’une ONG libérienne. Cette action, intentée devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), vise à obtenir justice après que le Libéria a manqué à son obligation d’enquêter et de poursuivre les auteurs de cette attaque, ainsi que d’accorder réparation aux victimes et à leurs familles. Ce sera la première fois qu’un tribunal se penchera sur l’inaction du Libéria face aux violations des droits de l’homme et du droit humanitaire commises au cours des deux guerres civiles qui ont ravagé le pays entre 1989 et 2003.
Le Global Justice & Research Project (GJRP) et trois frères et sœurs ayant perdu environ 16 membres de leur famille lors du massacre de l’église luthérienne sont les plaignants dans cette affaire. Le GJRP est une organisation non gouvernementale basée au Libéria qui œuvre depuis des décennies pour faire prévaloir la justice et la responsabilité envers les quelque 2 000 survivants et victimes du massacre de l’église luthérienne, l’attaque la plus meurtrière jamais perpétrée contre des civils pendant la première guerre civile au Libéria.
Au moment de l'attaque, l'église luthérienne Saint-Pierre servait de centre d'accueil de la Croix-Rouge, hébergeant près de 2 000 civils venus se réfugier face à la recrudescence de la violence dans le pays. Dans la plainte déposée devant la Cour de la CEDEAO,un plaignant décritle chaos qui régnait dans l’église et l’horreur qu’il a vécue lorsque des soldats du gouvernement ont tué sa mère et son frère sous ses yeux. Depuis ce massacre, il a consacré sa vie à militer pour que justice soit rendue aux victimes et aux survivants des guerres civiles au Libéria car, comme il le témoigne devant la Cour, personne n’a été tenu pour responsable des atrocités dont il a été témoin lors de ce massacre. Comme il l’a expliqué dans sa déclaration devant la Cour : « [P]arce qu’il n’y a pas eu de justice, j’ai parfois l’impression qu’un chien dans les rues de Monrovia a plus de valeur que ma mère et les autres victimes du massacre de l’église luthérienne. »
En septembre 2021,un tribunal américain a conclu quedes soldats des Forces armées du Libéria (AFL), sous le commandement du colonel Moses Thomas, avaient pris d’assaut l’église le 29 juillet 1990 et avaient abattu ou tué à coups d’arme blanche environ 600 civils non armés. Le tribunal américain a estimé que cette attaque constituait des crimes de guerre, des actes de torture et des crimes contre l'humanité, et a accordé aux quatre survivants 84 millions de dollars de dommages-intérêts. « Malgré les conclusions du tribunal américain, Moses Thomas vit en liberté au Libéria car le gouvernement n’a pris aucune mesure pour que justice soit rendue à son égard ou à l’égard de nombreux autres auteurs connus ou présumés d’atrocités commises pendant la période de la guerre civile, et aucune des victimes n’a reçu le moindre centime de réparation », a déclaré Ela Matthews, avocate principale au sein de la CJA. « Avec des auteurs présumés sur son territoire, le Libéria a l’obligation, en vertu du droit international, d’enquêter sur les crimes qu’ils auraient commis pendant la guerre civile et de les traduire en justice. »
Bien que la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) du Libéria ait conclu que l’enquête sur le massacre de l’Église luthérienne présentait un intérêt pour l’ensemble du pays compte tenu de l’ampleur des atrocités commises, le Libéria n’a mené aucune enquête sur ce massacre. « Il y a douze ans, la TRC a enjoint au Libéria de mettre en place un tribunal pénal extraordinaire chargé d’enquêter sur ces violations et d’en poursuivre les auteurs, mais le Libéria n’a pris aucune mesure pour traduire les auteurs en justice ou rendre justice aux survivants et aux victimes », a déclaré Oludayo Fagbemi, juriste principal à l’IHRDA. « Il est grand temps que le Libéria mène enfin des enquêtes efficaces et poursuive les auteurs des violations des droits de l’homme et des atrocités commises pendant la guerre civile. »
Catherine Amirfar, coprésidente des groupes de travail « Droit international public » et « Règlement des litiges internationaux » du cabinet Debevoise, a déclaré : « Le dépôt de cette requête aujourd’hui marque une avancée historique dans la quête de justice pour les survivants du massacre de l’Église luthérienne. La Cour de justice de la CEDEAO a le pouvoir et la possibilité de demander des comptes au Libéria pour plus de trois décennies d’inaction face à l’une des pires atrocités commises pendant les guerres civiles libériennes. »
Cette affaire s’inscrit dans la continuité des efforts menés de longue date par les Libériens pour mettre fin à l’impunité face aux atrocités commises pendant la guerre civile, comme l’a déclaré Hassan Bility, militant des droits de l’homme et directeur du GJRP : « Depuis des décennies, les victimes des guerres civiles libériennes militent sans relâche pour que les auteurs des crimes atroces commis pendant cette période soient traduits en justice. Pourtant, aujourd’hui encore, des chefs de guerre connus ou présumés vivent en toute liberté parmi les populations qu’ils ont terrorisées. Cette culture de l’impunité ne peut plus durer. Nous espérons que cette affaire amplifiera les voix des victimes qui réclament à grands cris la justice qu’elles méritent. »
Pour en savoir plus sur cette affaire, rendez-vous sur notresite Internetet consultez notreFAQ à ce sujet.
À propos du Center for Justice andAccountability
LeCenter for Justice and Accountability(CJA)est une organisation juridique de défense des droits de l’homme basée à San Francisco qui se consacre à la lutte contre la torture, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et d’autres violations graves des droits de l’homme à travers le monde, grâce à des stratégies innovantes en matière de contentieux et de justice transitionnelle. Le CJA travaille en partenariat avec les communautés touchées en quête de vérité, de justice et de réparation, et a mené à bien des poursuites contre des accusés tels que le ministre de la Défense du régime somalien de Siad Barre, l’officier militaire responsable de l’assassinat du militant et chanteur chilien Victor Jara, ainsi que le régime syrien d’Assad pour l’assassinat ciblé de la correspondante de guerre Marie Colvin.
À propos du Global Justice and Research Project
Créé en 2012, leGlobal Justice and Research Project (GJRP) estune organisation non gouvernementale à but non lucratif basée au Libéria qui recense les crimes de guerre commis dans ce pays et, dans la mesure du possible, œuvre pour que justice soit rendue aux victimes de ces crimes, avec le consentement total de ces dernières. Le GJRP travaille en partenariat avecCivitas Maxima, une organisation non gouvernementale à but non lucratif basée à Genève, qui assure la coordination d’un réseau d’avocats et d’enquêteurs internationaux œuvrant dans l’intérêt des victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
À propos de Debevoise & Plimpton LLP
Debevoise & Plimpton LLPest un cabinet d'avocats international dont le siège social est situé à New York, spécialisé dans le droit international public, notamment dans la représentation de parties devant les juridictions régionales et internationales.
À propos de l’Institut pour les droits de l’homme et le développement en Afrique (IHRDA)
L’IHRDAest une organisation non gouvernementale (ONG) panafricaine qui œuvre à la sensibilisation aux droits de l’homme en Afrique et à l’amélioration de l’efficacité du système africain des droits de l’homme. Les trois piliers de l’action de l’IHRDA sont le contentieux, le renforcement des capacités et le partage d’informations sur le système africain des droits de l’homme. L’IHRDA aspire à un continent africain où chacun aurait accès à la justice par le biais des mécanismes nationaux, africains et internationaux de protection des droits de l’homme.
