Communiqués de presse

Liberia : à l'ONU, le président devrait soutenir la justice

  • 20/09/2018

80 organisations réclament que les responsables des crimes commis par le passé rendent des comptes

New York, le 20 septembre 2018 – Le président libérien George Weah devrait faire preuve de leadership lors de l’Assemblée générale des Nations unies en annonçant que son gouvernement soutient la justice et les réparations en faveur des victimes des crimes graves commis pendant les guerres civiles qui ont secoué le pays, ont déclaré 80 organisations non gouvernementales dans une lettre adressée au président et rendue publique aujourd’hui.

Des associations libériennes, régionales et internationales ont envoyé cette lettre en amont de l'intervention prévue du président Weah le 26 septembre 2018, lors de la session de haut niveau de l'Assemblée générale à New York. Des militants libériens ont prévu d'organiser une conférence de presse au sujet de cette lettre à Monrovia, la capitale du Liberia, le 25 septembre à 11 h 30, dans les locaux de l'iCampus.

« Lorsque le président Weah prendra la parole sur la scène internationale au siège de l’ONU, il devrait plaider en faveur de la justice pour les crimes commis par le passé au Liberia », a déclaré Hassan Bility, directeur exécutif du Global Justice and Research Project, basé à Monrovia. Les guerres civiles au Libéria, qui ont duré 14 ans et pris fin en 2003, ont été marquées par
des atrocités généralisées commises par toutes les parties, notamment des exécutions sommaires et des massacres à grande échelle. Au camp Carter et à l’église luthérienne Saint-Pierre, des centaines de civils ont été tués en une seule nuit.

Parmi les exactions figuraient également des viols systématiques et généralisés, des mutilations et des actes de torture, ainsi que la conscription forcée et le recours à des enfants soldats. Les attaques contre des travailleurs humanitaires et des étrangers travaillant au Libéria, notamment le meurtre de cinq religieuses américaines, ont attiré l’attention de la communauté internationale sur la guerre au Liberia.

« Le Liberia n’a engagé aucune poursuite judiciaire pour les crimes généralisés commis contre des civils pendant ses guerres », a déclaré Nushin Sarkarati, avocate principale au Center for Justice and Accountability.

En 2009, la Commission Vérité et Réconciliation du Liberia a recommandé la création d'un tribunal chargé de juger les crimes de guerre afin d'enquêter et de juger les personnes responsables de violations graves du droit international. Mais le gouvernement libérien n'a jamais donné suite à cette recommandation.

« Les rares affaires portant sur des atrocités commises pendant la guerre civile ont eu lieu hors du Liberia, en Europe et aux États-Unis », a déclaré Alain Werner, directeur de Civitas Maxima.

Le 26 juillet, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a déclaré que le gouvernement libérien devait mettre en place un processus visant à garantir que les auteurs de crimes de guerre commis par le passé répondent de leurs actes. Le comité s’est dit « préoccupé par le fait qu’aucun des auteurs présumés des violations graves des droits de l’homme et des crimes de guerre mentionnés dans le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) n’ait été traduit en justice ».

« Le président Weah devrait prendre au sérieux les préoccupations de l’ONU selon lesquelles aucun auteur de crimes de guerre n’a été traduit en justice », a déclaré Adama Dempster, secrétaire général de la Plateforme de défense des droits de l’homme de la société civile du Liberia. En juillet, les responsables libériens se sont engagés auprès du Comité des droits de l’homme à publier prochainement une déclaration publique concernant la mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité et Réconciliation. Le gouvernement ne l’a toujours pas fait.

« L’Assemblée générale des Nations unies est l’occasion idéale pour le gouvernement libérien de tenir sa promesse de s’exprimer sur la mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité et Réconciliation », a déclaré Elise Keppler, directrice adjointe du programme Justice internationale chez Human Rights Watch.