Communiqués de presse

Le chef de guerre libérien « Jungle Jabbah » condamné à 30 ans de prison : une étape décisive pour la justice internationale

  • 19/04/2018

Mohammed Jabbateh, le chef de guerre libérien surnommé « Jungle Jabbah », a été condamné aujourd’hui à 30 ans de prison, clôturant ainsi une affaire historique aux États-Unis et marquant une étape importante, attendue depuis longtemps, pour la justice au Libéria. Trente ans, c’est la peine maximale à laquelle il pouvait être condamné et l’une des peines de prison les plus longues jamais prononcées pour fraude en matière d’immigration dans l’histoire des États-Unis.

Le 18 octobre 2017, un jury de Philadelphie a reconnu Jabbateh coupable de fraude et de parjure pour avoir menti, dans sa demande d’immigration aux États-Unis, sur son implication dans des crimes de guerre. Selon l’acte d’accusation, ce commandant rebelle a personnellement commis, ou ordonné à ses soldats de commettre, des actes barbares de violence, de torture, de cannibalisme et de violations des droits de l’homme lors de la première guerre civile libérienne (1989-1997). Pourtant, pendant les décennies qui ont suivi, il a vécu librement au sein de la communauté de Philadelphie connue sous le nom de « Little Liberia », jusqu’à son arrestation en avril 2016.

Au cours du procès qui s'est déroulé pendant trois semaines à Philadelphie, les procureurs ont fait venir par avion plus de 15 témoins du Libéria afin qu'ils racontent les atrocités commises par Jabbateh et les combattants sous ses ordres. C'était la première fois que des victimes de la première guerre civile libérienne avaient l'occasion de témoigner devant un juge pénal.

Civitas Maxima et son organisation sœur, le Global Justice and Research Project (GJRP), collaborent avec les autorités américaines dans le cadre de cette enquête depuis 2014 et ont qualifié ce verdict de « jalon important » pour la justice mondiale et les droits de l'homme.

« Les victimes libériennes attendent depuis plus de 15 ans que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice. La condamnation et la peine prononcées à l’encontre de Jungle Jabbah témoignent de l’engagement inébranlable et de la résilience des victimes, qui font entendre leur voix non seulement au Liberia, mais aussi à l’échelle mondiale », a déclaré Hassan Bility, directeur du GJRP et lui-même survivant de la torture.

Alain Werner, directeur de Civitas Maxima, à Genève (Suisse), a ajouté : « Depuis des années, nous travaillons sans relâche pour obtenir justice pour les victimes des crimes les plus atroces. Il est stupéfiant de constater que les victimes libériennes se sont vu refuser l'accès à la justice dans leur propre pays et ont donc dû se tourner vers d'autres pays pour obtenir justice. L'affaire Jungle Jabbah illustre parfaitement ces efforts. »

La condamnation de Jabbateh et l’audition des victimes constituent une avancée majeure pour le Liberia où, après deux guerres civiles sanglantes qui ont fait plus de 200 000 morts, personne n’avait jamais été tenu pour responsable des atrocités commises pendant le conflit. Les réactions extrêmement positives suscitées par la condamnation de Jungle Jabbah et par la campagne « Liberian Quest for Justice » ont montré que la majorité des Libériens aspirent à la justice.

«Un mouvement mené par les victimes et visant à faire en sorte que le Liberia rende des comptes est clairement en marche. La lutte pour mettre fin à l'impunité au Libéria ne fait que commencer », a déclaré Hassan Bility.

De nombreux criminels de guerre libériens présumés continuent de mener leur vie comme si de rien n'était. Certains occupent même des postes influents au sein du gouvernement, ce qui sape la confiance dans les institutions publiques et fait obstacle à une réconciliation durable.

M. Bility a poursuivi en expliquant : « Les victimes ont dû voir certains auteurs de ces crimes accéder à des postes de pouvoir. Nos responsables politiques de l’après-guerre n’ont pas prêté attention aux cris des victimes. Cela doit changer. Nous gardons l’espoir que ces procès se déroulent au Liberia, afin que les victimes de crimes de guerre de tout le pays puissent y assister. »

« L'affaire Jungle Jabbah est la première d'une série d'affaires jugées hors du Liberia sur lesquelles nous travaillons, et qui montrent que l'impunité ne doit pas nécessairement être la norme », a déclaré Alain Werner.

Civitas Maxima et le GJRP mèneront des campagnes de sensibilisation et suivront les prochains procès de criminels de guerre libériens présumés, qui devraient avoir lieu en 2018 et 2019. Ils ont lancé une campagne de financement participatif afin de continuer à soutenir les victimes libériennes dans leur lutte pour la justice.