Première arrestation jamais effectuée pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité qui auraient été commis pendant la première guerre civile libérienne (1989-1996).
Martina Johnson, ancienne commandante de première ligne du Front patriotique national du Libéria (NPFL) de Charles Taylor, a été arrêtée et mise en examen hier par un juge belge pour son implication directe dans des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité présumés, notamment des mutilations et des massacres commis au Libéria pendant la guerre civile de 1992.
Cette affaire historique marque la toute première fois qu’un auteur présumé libérien fait l’objet de poursuites pénales pour des crimes relevant du droit international commis au Libéria pendant la première guerre civile. L’enquête et l’arrestation ont pu avoir lieu en vertu de la législation belge, Martina Johnson résidant en Belgique.
Depuis 2012, Civitas Maxima collabore avec le Global Justice and Research Project (GJRP), basé à Monrovia, afin de recenser les crimes commis pendant la guerre et de trouver des moyens d’en établir la responsabilité pénale. Sur la base de ces éléments, Luc Walleyn, avocat en Belgique, a rédigé et déposé en 2012 une plainte pénale contre Martina Johnson au nom de trois victimes libériennes.
Ces victimes libériennes accusent Martina Johnson d’avoir participé directement à des mutilations et à des massacres à la fin de l’année 1992, lors de l’« Opération Octopus », une offensive militaire tristement célèbre menée par le NPFL de Charles Taylor contre la capitale, Monrovia, qui a fait des dizaines de morts parmi les civils. De nombreux civils ont été pris pour cible en raison de leur appartenance à certains groupes ethniques, notamment les Mandingos et les Krahns, considérés comme opposés aux intérêts du NPFL.
Depuis la fin de la guerre civile en 2003, les autorités libériennes n'ont déployé aucun effort pour enquêter sur les crimes commis au cours de cette décennie de guerre civile et pour en poursuivre les auteurs ; un conflit qui a fait bien plus de 150 000 victimes, pour la plupart des civils.
Hassan Bility, directeur du GJRP basé au Libéria, a déclaré : «C'est un jour important, non seulement pour les victimes des crimes visés par cette arrestation, mais aussi pour les nombreuses victimes de la guerre au Libéria en général. »
Il a poursuivi : «Malgré les recommandations explicites formulées en 2009 par la Commission libérienne pour la vérité et la réconciliation (TRC) en faveur de la responsabilité pénale, pratiquement rien n’a été fait. Nous espérons que l’action d’aujourd’hui servira de tremplin à de nouvelles poursuites pénales au nom des victimes qui attendent depuis bien trop longtemps que justice soit faite. »
Alain Werner, directeur de Civitas Maxima, a déclaré : «L'arrestation d'aujourd'hui représente un immense pas en avant pour que justice soit rendue aux innombrables victimes des guerres sanglantes qui ont ravagé le Libéria. Si le monde, et le gouvernement libérien, ont peut-être oublié les crimes atroces commis durant cette période, les victimes, elles, ne les ont pas oubliés. »