Jusqu'au début du mois de septembre 2014, presque personne ne connaissait l'existence même de Civitas Maxima, fondée en 2012. Aucune de nos affaires n'était rendue publique, nous ne disposions que d'une toute petite équipe et personne n'était chargé de la communication.
La situation a changé le18 septembre 2014, avec l’arrestation en Belgique de Martina Johnson, ancienne membre du groupe rebelle de Charles Taylor pendant la première guerre civile (1989-1996), le Front national patriotique du Libéria (NPFL), accusée d’avoir commis des crimes contre des civils, dont certaines personnes rencontrées par Civitas Maxima.
Avec mes collègues de l'époque, Emmanuelle Marchand et Lisa-Marie Rudi, nous étions dans l'avion pour aller rencontrer des donateurs potentiels à Londres lorsque la nouvelle de l'arrestation a été annoncée, et nous avons dû rédiger à la va-vitenotre tout premier communiqué de pressedepuis un café d'Oxford Street.
Cette arrestation a fait l'objet d'une large couverture médiatique, notammentdans un articledu Guardianquia mentionné Civitas Maxima pour la première fois dans la presse internationale sous le titre : « Le procès de Martina Johnson pour crimes de guerre au Libéria marque une étape décisive dans la quête de justice. »
Ce titre était toutefois trompeur : à l'époque, aucun procès n'était en vue, seulement une enquête et des soupçons de crimes internationaux. Martina Johnson, qui était malade, a été très rapidement libérée de prison, et les années ont passé.
Civitas Maxima a été conçue pour mener ses activités sur le très long terme. Les procédures judiciaires relatives aux crimes internationaux peuvent s’étendre sur plusieurs années, et les préoccupations en matière de sécurité des victimes peuvent persister bien après la fin des procès. Pour les dossiers sur lesquels nous avons choisi de travailler, un engagement à long terme est, à notre sens, la seule manière responsable d’agir dans ce domaine et de nous engager aux côtés des victimes de crimes internationaux.
À partir de septembre 2014, Civitas Maxima n’a plus publié de communiqué concernant cette affairejusqu’à la décision officielle rendue par les juges belges en octobre 2025 de clore l’enquête, suiviedu renvoi devant lacour d’assisesen mars 2026— plus de dix ans plus tard. Au cours de cette période, notre organisation a publiéplus de 60 communiqués de pressesur d’autres affaires et12 rapports annuels, a multiplié par six son budget annuel et a quintuplé ses effectifs. Par ailleurs, six des affaires sur lesquelles nous avons collaboré d’une manière ou d’une autre ont donné lieu à des procès sur trois continents, aboutissant à cinq condamnations et un acquittement.
L'annonce de l'arrestation de Martina Johnson en septembre 2014 a marqué la toute première mention publique de la remarquable quête de justice menée par des victimes libériennes qui, ne pouvant obtenir justice dans leur pays pour les crimes dont elles avaient été victimes pendant la guerre, ont pris leur destin en main. Depuis lors, cette quête a donné des résultats remarquables, notamment les premières condamnations pourcrimes de guerreetcrimes contre l’humanitéprononcées à l’encontre de ressortissants libériens ayant participé à la guerre civile, ainsi quela toute première condamnation en Suisse pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité prononcée par le Tribunal pénal fédéral.
Ces procès, qui se sont déroulés à l’étranger, ont également incité le gouvernement libérien, le2 mai 2024, à mettre en place un mécanisme officiel visant à créer un tribunal chargé de juger les crimes de guerre dans le pays même où ils ont été commis.
C'est dans ce contexte plus large que le procès très attendu de Martina Johnson — la première femme libérienne à être jugée pour des crimes internationaux — devrait se tenir en 2026 ou 2027, en néerlandais, devant lacour d’assises deGand, en Belgique.