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Finie la « lack of political will » en matière d’impunité liée à la guerre ; les propos non prononcés du président Boakai redonnent espoir aux Libériens

  • 29/01/2024 par Rebecca-Paris Senior, responsable de la communication et de la sensibilisation chez Civitas Maxima

« Nous avons décidé de mettre en place un bureau chargé d’étudier la faisabilité de la création d’un Tribunal chargé de juger les crimes de guerre et les crimes économiques (WECC), afin de permettre à ceux qui portent la plus grande responsabilité dans les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité de répondre de leurs actes devant la justice. »

Nous n'avons PAS entendu ces mots prononcés par le nouveau président Joseph Boakai lors de son discours d'investiture, le 22 janvier au Capital Building – discours qui a été écourté, le président ayant peut-être souffert d'un coup de chaleur. Nous les avons toutefois lus peu après, le discours d'investiture ayant étépublié dans son intégralitépar FrontPage Africa.

SI LES discours électoraux présidentiels (partout dans le monde) ne sont pas étrangers aux messages d’unité, d’espoir et aux solutions présentées comme des remèdes miracles à des problèmes souvent systémiques, pour ceux qui ont suivi de près la lutte du Libéria contre l’impunité, ces mots – même s’ils n’ont pas été prononcés physiquement par le président lui-même – revêtent une importance particulière. Un poids actuellement porté par les victimes libériennes de l’impunité liée à la guerre, ainsi que par celles et ceux qui ont inlassablement plaidé en faveur de mesures visant à faire rendre des comptes.

Les discours d’investiture des nouveaux présidents libériens ont toujours évoqué, d’une manière ou d’une autre, les guerres civiles. Mais les propos de M. Boakai résonnent comme une promesse d’action, de décisions. Et cela est sans précédent.

CE N'EST PAS PARCE QU'il n'y a pas eu de responsabilisation au Libéria que cela signifie pour autant qu'il n'y a pas eu de justice pour les Libériens. Chez Civitas Maxima et au sein du Global Justice and Research Project (GJRP), nous avons été en première ligne, travaillant d’arrache-pied pour documenter les atrocités, coordonner nos efforts avec les enquêteurs et les avocats, et fournir des informations aux autorités nationales, afin que, s’il existe des preuves à charge contre un auteur présumé résidant à l’étranger, celles-ci puissent être examinées devant un tribunal. Près de 21 ans se sont écoulés depuis la fin de la deuxième guerre civile, et au cours de ces années, 15 personnes ont fait l’objet de poursuites liées aux guerres qui ont ravagé le Libéria. Nous avons contribué à 11 de ces affaires, dans 6 pays différents et sur 2 continents. Si ce n’est pas chez elles, certaines victimes ont au moins trouvé un peu de justice à l’étranger.

MAIS CE QUE NOUS FAISONS ne doit pas être considéré comme un substitut à la justice rendue au niveau local. Nous souhaitons que le processus soit mené localement, là où les crimes ont été commis. Cela fait écho aux recommandations du rapport final de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), qui comprenaient, entre autres, un projet de statut pour un « Tribunal pénal extraordinaire pour le Libéria ». Cela fait désormais 15 ans que le rapport final a été publié, mais ces recommandations n’ont jamais été mises en œuvre.

BIEN QU'IL SEMBLE que la majorité de la population serait favorable à la mise en place d'un mécanisme permettant de juger les auteurs des crimes les plus graves, le « manque de volonté politique » est le refrain que l'on entend presque quotidiennement dès lors que l'on aborde ce genre de sujets. Par ses propos, le président Boakai a fait en sorte que – espérons-le – nous n'entendions plus parler de « manque de volonté politique » lorsqu'il s'agira de discuter de la responsabilité pénale liée à la guerre.

NOUS SALUONS et nous applaudissons les propos du président Boakai. Nous espérons sincèrement que son engagement en faveur de cette cause restera inébranlable tout au long de son mandat et qu’il ne faiblira pas : ceux qui défendent la justice sont souvent confrontés à de nombreux défis, mais ils ne sont pas seuls.

LA JUSTICE N'ARRIVE JAMAIS TROP TARD, mais alors que le temps passe inexorablement, nous craignons que les responsables des crimes de guerre ne soient jamais traduits en justice, que nous ne rendions jamais hommage à ceux qui sont morts et qui ont souffert, et que le pays ne parvienne jamais à panser ses blessures. Ou, pour reprendre les mots du discours du président : «Nous ne pouvons pas rester éternellement insensibles à cette tragédie nationale déchirante sans pouvoir tourner la page. »