
5 août 2020 — Les menaces crédibles proférées récemment à l'encontre de défenseurs des droits de l'homme qui, depuis de nombreuses années, luttent pour la justice aux côtés des victimes des guerres civiles au Libéria sont une source de grande inquiétude, ont déclaré aujourd'hui neuf organisations de défense des droits de l'homme.
Ces menaces ont été proférées à l'encontre du personnel du très respecté Global Justice and Research Project (GJRP), ainsi qu'à l'encontre de témoins de crimes présumés commis par un prévenu récemment jugé par une chambre chargée des crimes de guerre au Royaume-Uni. Des menaces crédibles ont également été proférées à l’encontre d’Adama Dempster, secrétaire général de la Civil Society Human Rights Advocacy Platform of Liberia, en lien avec son travail en faveur des droits de l’homme et son plaidoyer en faveur d’un tribunal chargé de juger les crimes de guerre. Le gouvernement du Libéria a l’obligation de protéger les défenseurs des droits de l’homme, ont déclaré ces organisations.
Les actes d’intimidation et les menaces à l’encontre du personnel du GJRP et des témoins ont commencé dès le retour au Libéria, en juillet 2020, d’Agnes Reeves Taylor, mise en examen en 2017 au Royaume-Uni pour torture. Parmi ces actes figuraient de nombreux appels téléphoniques menaçants adressés au personnel du GJRP, notamment à son directeur, Hassan Bility, ainsi qu’aux témoins de ses crimes présumés. Plusieurs témoins ont déclaré que des personnes se présentant comme des partisans d’Agnes Reeves Taylor les avaient menacés de mort, y compris en personne.
Certaines déclarations publiques concernant Bility et le GJRP, formulées par Reeves Taylor — qui n'a pas été acquitté, mais dont l'affaire au Royaume-Uni n'a pas donné lieu à un procès pour des raisons de droit — suscitent également des inquiétudes.
Ces organisations ont également rappelé au gouvernement du Libéria les observations finales du Comité des droits de l’homme des Nations unies, publiées en 2018. Cet organe des Nations unies a déclaré que le gouvernement libérien devait veiller à ce que «tous les auteurs présumés de violations graves des droits de l’homme et de crimes de guerre soient poursuivis en toute impartialité et, s’ils sont reconnus coupables, condamnés et sanctionnés à la mesure de la gravité des actes commis ».
Les observations du Comité des droits de l’homme exigeaient que le Libéria rende compte, avant le 27 juillet 2020, de la mise en œuvre des recommandations relatives à la responsabilité pour les crimes commis par le passé. Le Libéria n’a pas respecté ce délai. Nous espérons sincèrement que le Libéria prendra au sérieux ses obligations découlant des traités internationaux en mettant en œuvre ces recommandations et en soumettant son rapport de suivi au Comité.
Ces organisations ont déclaré que M. Dempster, qui dirigeait la délégation de la société civile s'étant rendue à Genève pour rendre compte aux Nations Unies de la situation des droits de l'homme au Libéria, avait également reçu des informations fiables selon lesquelles il serait «visé en vue d'être éliminé ».
Ces menaces émanent de certaines personnalités de premier plan au sein des services de sécurité du gouvernement libérien, et des sources confidentielles indiquent qu’elles sont liées au travail de M. Dempster, qui consiste à transmettre à la communauté internationale et aux Nations Unies des rapports sur les droits de l’homme critiquant le gouvernement actuel, ainsi qu’à son engagement en faveur de la création d’un tribunal chargé de juger les crimes de guerre.
Ces organisations ont appelé le gouvernement du Libéria à veiller à ce que les défenseurs des droits de l'homme dans ce pays soient protégés contre le harcèlement et les menaces émanant de membres des services de sécurité gouvernementaux.
Aaron Weah, chercheur
Centre pour la justice et la responsabilité
Centre pour les droits civils et politiques
Plateforme de défense des droits de l'homme de la société civile du Libéria
Civitas Maxima
Human Rights Watch
Enquêteurs indépendants sur les droits de l'homme
The Advocates for Human Rights
The Global Justice and Research Project