Des victimes et des témoins de crimes de guerre, qui réclament justice et la mise en cause des responsables, témoigneront contre un présumé criminel de guerre dans une affaire de fraude à l'immigration
Philadelphie, Pennsylvanie – Le procès pour fraude en matière d’immigration intenté par le gouvernement américain à l’encontre de Jabbateh, citoyen libérien, résidant en Pennsylvanie et présumé criminel de guerre, également connu sous le nom de« Jungle Jabbah », s’ouvrira le 2 octobre 2017 à Philadelphie. Jabbateh a été inculpé par le parquet fédéral du district Est de Pennsylvanie de deux chefs d’accusation de fraude relative à des documents d’immigration et de deux chefs d’accusation de parjure.
Au cours du procès, des victimes et des témoins de crimes de guerre commis au Libéria viendront témoigner à charge contre l'accusé.
Ce procès marque une étape unique et historique pour le parquet fédéral américain, qui porte ainsi une affaire de crimes de guerre devant un tribunal national. L'acte d'accusation, rendu public le 13 avril 2016, peut être consulté ici.
Le procureur fédéral a déclaré : « Ce prévenu aurait commis des crimes innommables dans son pays d’origine, en s’en prenant brutalement à de nombreuses victimes innocentes. Il a ensuite tenté de se réfugier aux États-Unis, où il a menti sur son passé criminel dans les formulaires d’immigration fédéraux. Notre bureau utilisera tous les moyens à sa disposition pour traduire en justice les criminels dangereux qui abusent de notre système d’immigration en dissimulant leur passé et leurs antécédents. »
L'agent de la Sécurité intérieure chargé de son arrestation a déclaré : «Les États-Unis ont toujours accueilli
les réfugiés et ceux qui fuient l'oppression, mais nous ne serons pas un refuge pour les auteurs présumés de violations des droits de l'homme et les criminels de guerre. »S'il est reconnu coupable, Jabbateh encourt une peine maximale de 30 ans de prison.
Le procès se tiendra au palais de justice fédéral James A. Byrne, situé au 601 Market St, Philadelphie, PA 19106.
Civitas Maxima et son organisation partenaire basée à Monrovia, leGlobal Justice and Research Project (GJRP), soutiennent le droit des victimes de crimes de guerre à poursuivre les accusés en justice et saluent le bureau du procureur fédéral pour avoir mené une enquête approfondie et engagé des poursuites contre ces crimes extrêmement graves.
Nous vous invitons à suivre nos comptes rendus juridiques quotidiens du procès sur notre site web Civitas Maxima, ainsi que sur nos pages Twitter et Facebook. Nous avons également lancé une campagne médiatique en collaboration avec le GJRP – « Liberian Quest for Justice » – sur Facebook et Twitter, qui proposera un compte rendu public et accessible du procès « Jungle Jabbah » à Philadelphie, notamment à travers des bandes dessinées mettant en scène une jeune Libérienne prénommée Musu. Ce compte rendu sera apolitique, équilibré et impartial.
Contexte de l'affaire
En décembre 1998, lors de sa demande d’asile puis de résidence permanente, selon le procureur américain, le prévenu n’a pas dit la vérité sur ses activités menées pendant la première guerre civile au Libéria, alors qu’il était membre du Mouvement uni de libération pour la démocratie au Libéria (ULIMO), puis de l’ULIMO-K, un groupe rebelle qui luttait pour le contrôle du pays. Jabbateh occupait le poste de commandant ou d’officier de rang supérieur au sein de l’ULIMO et de l’ULIMO-K. Selon l’acte d’accusation, Jabbateh, alors qu’il était commandant ou officier de rang supérieur au sein de l’ULIMO, a soit commis personnellement, soit ordonné aux troupes de l’ULIMO placées sous son commandement de commettre les actes suivants, dont la liste n’est pas exhaustive :
- le meurtre de civils non combattants ;
- l'esclavage sexuel des femmes ;
- le viol public de femmes ;
- les mutilations infligées à des civils non combattants ;
- la torture de civils non combattants
- l'asservissement de civils non combattants
- le recrutement d'enfants soldats ;
- l'exécution des prisonniers de guerre ;
- la profanation et la mutilation de cadavres ; et
- le meurtre de personnes en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur origine ethnique ou de leurs opinions politiques.
Selon l'acte d'accusation, le prévenu savait que sa réponse était fausse, dans la mesure où il avait ordonné, incité,
aidé et participé de toute autre manière au meurtre de toute personne en raison de sa religion, de sa nationalité, de son origine ethnique ou de ses opinions politiques ; et savait qu'il avait obtenu l'asile aux États-Unis par fraude et par fausse déclaration délibérée sur des faits essentiels.
L'affaire a fait l'objet d'une enquête menée par le Département américain de la Sécurité intérieure et est actuellement poursuivie par les procureurs fédéraux adjoints Linwood C. Wright, Jr. et Nelson S.T.
Thayer. M. Thayer était auparavant avocat chargé des procès au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et a mené les poursuites relatives au massacre de Srebrenica, en Bosnie.