PHILADELPHIA – On October 18, 2017 a jury of 12 in a U.S. Federal Courthouse found former Liberian rebel commander Mohammed Jabbateh, aka “Jungle Jabbah,” guilty of two counts of fraud and two counts of perjury for lying to U.S. government officials about his role as a combatant in the Liberian Civil War. Jabbateh will be sentenced most likely within the next few months. He faces up to 30 years in prison.
Afin de démontrer que Jabbateh avait fourni de fausses informations aux autorités américaines chargées de l’immigration et obtenu l’asile aux États-Unis par des moyens frauduleux, l’accusation devait prouver qu’il était un commandant rebelle de haut rang pendant la première guerre civile libérienne et qu’il avait commis des actes criminels alors qu’il occupait ce poste.
Avant d’immigrer aux États-Unis, Jabbateh occupait le poste de commandant de bataillon au sein du groupe rebelle ULIMO (Mouvement uni de libération du Liberia pour la démocratie), l’une des principales factions belligérantes qui ont combattu le NPFL (Front national patriotique du Liberia) de Charles Taylor pendant la première guerre civile du Liberia (1989-1996).
Pendant deux semaines, vingt témoins ont fait le voyage depuis le Liberia jusqu’à Philadelphie pour témoigner en détail des actes horribles commis par Jabbateh et ses soldats de l’ULIMO, notamment le cannibalisme, le viol, le meurtre et l’esclavage. Leurs témoignages ont mis en lumière les horreurs de la guerre civile et le rôle joué par « Jungle Jabbah » dans la perpétuation des violences qui ont détruit ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Un témoin a raconté le viol et l’esclavage sexuel dont elle a été victime de la part de Jabbateh, tandis qu’un autre témoin a décrit comment des soldats sous les ordres de Jabbateh ont tué son mari avant de lui ordonner de faire cuire son cœur. Une autre témoin a déclaré avoir vu Jabbateh introduire un pistolet dans le vagin de sa sœur enceinte et appuyer sur la gâchette. Jabbateh était si tristement célèbre pour ses actes atroces au Liberia, a déclaré un témoin, que la population ne pourrait jamais l’oublier et a donné son nom à un pont.
Cette affaire historique marque la première fois que des victimes libériennes ont pu témoigner, dans le cadre d’un procès public et équitable, de leur expérience des atrocités commises pendant la première guerre civile libérienne. Il s’agissait également du premier procès d’un ancien commandant du groupe armé ULIMO. Cette guerre a entraîné la mort de 150 000 civils et donné lieu à la commission d’un large éventail de crimes de guerre et de violations des droits de l’homme par chacune des factions belligérantes. À ce jour, personne n’a été traduit en justice au Liberia, et le procès de Jabbateh constitue la première mise en cause, dans un pays étranger, des crimes commis pendant la première guerre civile.
Civitas Maxima (CM) et son organisation sœur basée à Monrovia, le Global Justice and Research Project (GJRP), toutes deux des ONG indépendantes et apolitiques, collaborent depuis 2014 avec les autorités américaines dans le cadre de l'enquête sur les crimes que Jabbateh aurait commis au Liberia.
« Il s’agit du premier verdict offrant une certaine réparation aux victimes libériennes qui attendent la justice depuis trop longtemps. Cette affaire montre que les Libériens ne sont pas condamnés à accepter le statu quo de l’impunité au Libéria. Les victimes veulent que justice soit faite et nous continuerons à les soutenir dans leur quête de responsabilité, tant au Liberia qu’à l’étranger, indépendamment de toute affiliation tribale ou influence politique. Ce n’est qu’un début. En tant que survivant de cette guerre et défenseur de la justice, je tiens à remercier les témoins pour leur courage, le peuple libérien pour sa coopération et son soutien tout au long du procès, ainsi que les médias libériens pour leur large couverture médiatique », a déclaré Hassan Bility, directeur du GJRP, à Monrovia.
CM a publié chaque jour sur son site web des comptes rendus détaillés des procédures judiciaires. Dans le cadre d'un partenariat avec New Narratives, CM a également apporté son soutien à trois journalistes libériens qui ont assuré une couverture indépendante et équilibrée du procès depuis Philadelphie et Monrovia.
Par ailleurs, CM et le GJRP ont lancé une campagne médiatique intitulée « The Liberian Quest for Justice » (La quête de justice au Liberia), qui proposait un compte rendu accessible au grand public et impartial des procédures judiciaires ainsi que des informations relatives à l’impunité au Liberia (Facebook et Twitter). La campagne a utilisé des dessins humoristiques mettant en scène une petite fille libérienne prénommée Musu pour expliquer l’importance de cette affaire et a suscité l’intérêt des Libériens en ligne. Musu et la campagne ont permis de toucher des milliers de survivants libériens, tant au Liberia que dans la diaspora, garantissant ainsi que l’impact de ce procès atteigne les personnes les plus touchées par les crimes de Jungle Jabbah.
L'organisation «Liberian Quest for Justice» continuera à soutenir les victimes libériennes dans leur quête de responsabilité pour les atrocités commises pendant la guerre, et à informer le public sur d'autres procès publics de criminels de guerre libériens présumés qui auront lieu prochainement en Europe et aux États-Unis. Le procès de Jabbateh n'était que le premier chapitre.