Le ministre de la Défense et porte-parole d'une faction rebelle libérienne va être jugé aux États-Unis
Jucontee Thomas Woewiyu faces justice beginning this Monday June 11, 2018, in Philadelphia. This marks the first-ever trial of someone who held a ministerial position with a major rebel faction during Liberia’s Civil Wars.
Woewiyu a fondé avec Charles Taylor le NPFL, qui a mené des campagnes militaires particulièrement brutales pendant la première guerre civile libérienne (1989-1996). Woewiyu a été ministre de la Défense et porte-parole de la faction et aurait participé à la planification de certaines des attaques les plus meurtrières contre des civils, notamment l’« opération Octopus » en 1992. Cette offensive, qui visait à prendre Monrovia par la force, a entraîné la mort de milliers de combattants et de civils, dont cinq religieuses américaines exécutées.
Selon la Commission Vérité et Réconciliation du Liberia (TRC), le NPFL contrôlait la majeure partie du pays et serait responsable de plus de 60 000 violations signalées, comprenant notamment des crimes de guerre tels que des viols, des actes d’esclavage, le recrutement d’enfants soldats et des massacres. Au cours des quatorze années de guerres civiles au Liberia, environ 250 000 civils ont été tués du fait des affrontements entre les différentes factions. Aujourd’hui encore, l’impunité demeure largement présente au Liberia et les victimes continuent de réclamer justice.
Hassan Bility, défenseur des droits de l’homme primé et directeur du Global Justice and Research Project (GJRP) au Liberia, qui œuvre pour garantir aux victimes libériennes l’accès à la justice, déclare : « Pour les Libériens, ce procès témoigne de la dynamique actuelle en faveur de la recherche de la justice et de la fin prochaine de l’impunité dans le pays. Après le procès de Jabbateh l’année dernière, il est très significatif pour les Libériens de voir que notre quête de justice se poursuit avec le procès d’un membre d’un autre groupe rebelle. »
Woewiyu a omis de mentionner son affiliation à des factions rebelles violentes et à des mouvements politiques prônant le renversement du gouvernement par la force lorsqu’il a demandé la citoyenneté américaine en 2006. Il a également nié avoir persécuté quiconque en raison de sa race, de sa religion ou de son origine nationale, alors qu’il a été établi que de tels motifs figuraient parmi ceux à l’origine de certains meurtres commis par le NPFL.
Le procès de Woewiyu sera la toute première occasion pour des témoins de témoigner devant un tribunal pénal au sujet des crimes commis par le NPFL. Il fait suite à la condamnation et à la peine historique de 30 ans de prison prononcée à Philadelphie à l'encontre de Mohammed « Jungle Jabbah » Jabbateh, commandant de première ligne de l'ULIMO – un autre groupe rebelle coupable d'atrocités telles que le cannibalisme –, pour avoir menti aux autorités d'immigration au sujet des crimes qu'il avait commis pendant la première guerre civile au Liberia.
Le procès de Woewiyu se tiendra au palais de justice James A. Byrne, situé au 601 Market Street, à Philadelphie, en Pennsylvanie (États-Unis). S'il est reconnu coupable, il encourt une peine maximale de 110 ans de prison et une amende pouvant atteindre 4 millions de dollars.
Alain Werner, directeur de l’organisation Civitas Maxima, basée à Genève, a participé à plusieurs poursuites judiciaires internationales novatrices visant des auteurs présumés de crimes de guerre. Il déclare aujourd’hui : « Cette affaire démontre que les mouvements en faveur de la justice trouveront des moyens créatifs d’accéder aux voies de droit et que les auteurs de ces crimes seront amenés à rendre des comptes. Ce procès revêt une importance capitale tant pour les États-Unis que pour le Liberia. C’est un pas en avant vers la justice mondiale. »
Civitas Maxima et le Global Justice and Research Project se tiennent aux côtés des victimes et luttent contre l'impunité. Ensemble, ils ont créé et mis en œuvre la campagne « Liberian Quest for Justice », qui joue un rôle clé en proposant des reportages indépendants depuis les salles d'audience américaines et qui, à travers divers outils artistiques, vise à sensibiliser le public au combat des victimes pour la justice.
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