Thomas Woewiyu, ancien ministre de la Défense et porte-parole d'une factionrebelle libérienne , a été reconnu coupable de 11 chefs d'accusation à Philadelphie.

Pour la toute première fois, un ancien ministre et porte-parole d’une faction rebelle libérienne a été reconnu coupable de fraude en matière d’immigration pour avoir nié avoir occupé un poste de haut rang au sein du NPFL et avoir commis des crimes de guerre. Au cours de ce procès qui a duré trois semaines, des témoins et des victimes, dont des enfants soldats, ont témoigné devant le tribunal des crimes les plus horribles commis par le Front national patriotique du Liberia (NPFL) pendant la première guerre civile libérienne (1989-1996). Civitas Maxima et son organisation sœur libérienne, le Global Justice and Research Project (GJRP), ont apporté leur aide aux autorités américaines pendant l’enquête et ont suivi le déroulement de la procédure.
« Le procès de Thomas Woewiyu revêt une importance capitale pour le Libéria. Jamais auparavant les crimes du NPFL n’avaient été décrits avec autant de détails dans une salle d’audience. Une page importante de notre histoire a été consignée au cours de ce procès », a déclaré Hassan Bility, défenseur des droits de l’homme primé et directeur du GJRP.
Thomas Jucontee Woewiyu a comparu devant la justice à Philadelphie pour avoir menti aux autorités américaines de l’immigration au sujet de ses fonctions au sein du NPFL. Il a été inculpé de deux chefs d’accusation pour tentative frauduleuse d’obtention de la nationalité, de quatre chefs d’accusation pour fraude dans les documents d’immigration, de trois chefs d’accusation pour fausses déclarations relatives à la naturalisation et de sept chefs d’accusation pour parjure. Au terme d’un procès de trois semaines, un jury l’a déclaré coupable de 11 des 16 chefs d’accusation. Une liste détaillée des chefs d'accusation et du verdict est disponible ici. La prononciation de la peine de Woewiyu est prévue pour le 15 octobre 2018.
Woewiyu a fondé, aux côtés de Charles Taylor, le NPFL et a occupé les fonctions de ministre de la Défense et de porte-parole de cette faction pendant qu’elle menait une campagne militaire brutale à travers le Liberia. Afin de prouver sa culpabilité, l’accusation a appelé à la barre trente-trois témoins, parmi lesquels figuraient des victimes de la première guerre civile libérienne, des journalistes, des hauts responsables étrangers et des agents des services d’immigration américains.
« De nombreuses victimes ont courageusement fait le voyage depuis le Liberia et ont fait preuve d’un courage incroyable en prenant la parole à la barre. Cela montre que la peur de demander des comptes à ces auteurs d’actes criminels a désormais disparu. De plus en plus, les victimes obtiendront justice et leur voix sera entendue », a déclaré Alain Werner, directeur de Civitas Maxima, qui a exercé les fonctions d’avocat de la partie civile pour le compte du parquet lors du procès de Charles Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone.
Les victimes ont évoqué des assassinats commandités, le recrutement forcé d’enfants soldats et la politique de persécution ethnique menée par le NPFL. Les journalistes présents pendant les guerres civiles ont témoigné de ce dont ils avaient été témoins au Liberia. Les hauts responsables étrangers ont évoqué les relations entre le gouvernement américain et le NPFL, ainsi que le rôle de premier plan joué par Woewiyu au sein du NPFL. Des émissions contenant des entretiens avec le « porte-parole de la Défense » ou « ministre de la Défense », Thomas Woewiyu, ont également été présentées comme preuves démontrant son rôle de premier plan au sein du « gouvernement » du NPFL et son commandement de l’« armée ». Woewiyu, qui servait de figure de proue du NPFL auprès de l’opinion publique internationale, justifiait les opérations militarisées violentes et impitoyables menées par ce dernier. Le témoin B s’est notamment souvenu que Woewiyu avait déclaré à la radio : « Un bon Krahn est un Krahn mort ».
Au cours du procès, l’« Opération Octopus », attaque coordonnée par le NPFL contre la force de maintien de la paix de l’ECOMOG, qui est devenue l’une des attaques armées les plus meurtrières de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest, a également été mise en lumière. L’attaque rebelle contre Monrovia a eu lieu en 1992 et a entraîné la mort de milliers de combattants et de civils, notamment l’exécution de cinq religieuses américaines.
Malgré les tentatives de la défense visant à prouver l’innocence de Woewiyu en invoquant le fait qu’il n’ait pas été désigné comme criminel de guerre majeur par la Commission libérienne pour la vérité et la réconciliation (TRC) et ses réponses erronées, mais non intentionnelles, sur les formulaires d’immigration, le jury a estimé que les procureurs avaient démontré, au-delà de tout doute raisonnable, que, lors de sa demande de naturalisation américaine,
Woewiyu a délibérément omis de révéler son appartenance au NPFL ainsi que le fait qu’il avait auparavant prôné le renversement par la force du gouvernement libérien. De plus, les procureurs ont également démontré qu’il avait bel et bien persécuté des membres d’un groupe ethnique particulier, bien qu’il eût déclaré le contraire dans sa demande d’immigration.
Le procureur LC Wright a déclaré : « Thomas Woewiyu faisait partie intégrante du tissu de la NPFL, et le tissu de la NPFL faisait partie intégrante de lui. » Le fait même que ce procès ait eu lieu constitue une avancée majeure pour la justice internationale, quel que soit le verdict. Un haut responsable présumé de crimes de guerre a été jugé dans le cadre d’un procès équitable et les victimes ont eu l’occasion de faire entendre leur voix devant un tribunal. « Étant donné qu’il n’existe au Liberia aucun système national permettant de traduire en justice les auteurs de crimes de guerre, les procédures pour fraude en matière d’immigration aux États-Unis peuvent constituer une voie vers la justice », a ajouté Alain Werner.