Au fur et à mesure que chaque témoin déposait, il est apparu clairement que le LURD et Camara recrutaient et utilisaient régulièrement des enfants soldats. Un témoin a raconté comment des enfants soldats du LURD l’avaient interpellé alors qu’il transportait de l’eau dans la rue : « Ils m’ont demandé d’ouvrir la bouche et m’ont mis des cailloux dans la mâchoire. J’ai perdu trois dents. Ils m’ont giflé la mâchoire alors que j’avais des cailloux dans la bouche. » Un autre témoin se souvenait d’un garçon surnommé « Petit Soldat », chargé de porter l’AK-47 utilisé par K-1. Petit Soldat était assis à l’arrière du véhicule de K-1 et avait environ 14 ou 15 ans à l’époque.
Implication dans des actes de violence généralisée et des meurtres
Les témoignages présentés ont révélé à la fois l’ampleur effroyable des crimes de Camara et sa notoriété. Un témoin a raconté comment K-1 avait coupé l’oreille de son oncle après que celui-ci eut refusé d’obéir à ses ordres, tandis qu’un autre avait été poignardé au genou par K-1. D’après les témoignages, K-1 parcourait les villages en arrêtant des hommes, des femmes et des enfants et en les forçant à se battre pour le LURD : « Quel que soit le village où nous passions, il y arrêtait des gens pour qu’ils l’accompagnent. S’ils refusaient, ils étaient tués. […] J’ai vu M. Camara tuer des gens. De Bomi à Montserrado et à Monrovia. »
Un témoin a décrit la fusillade au cours de laquelle une femme enceinte et son fils de 13 ans, qui avaient refusé de suivre K-1, ont été abattus. Au moins quatre témoins ont déclaré que K-1 avait tiré sur des groupes de civils qui cherchaient de la nourriture à Freeport ou dans d’autres entrepôts. Plusieurs d’entre eux ont perdu des proches dans ces circonstances. Comme l’a fait remarquer un témoin, K-1 « est quelqu’un que tout le monde connaît ; partout où il allait, les gens avaient peur ».
Une étape importante pour la responsabilisation au Libéria
Tout au long de l’audience, Camara est resté provocateur, s’adressant souvent à ses avocats et souriant. Dans le couloir, lors d’une pause dans les débats, on l’a entendu affirmer que « la vérité finira par éclater » et que les témoins mentaient à la barre. Cependant, les éléments de preuve présentés ce jour-là ont brossé un tableau clair de son rôle dans la guerre civile et de la nature des atrocités brutales qu’il a commises.
Depuis l’audience, le juge a enjoint aux procureurs de déposer un mémoire en faveur d’une peine plus sévère, document qui exposera en détail les arguments du ministère public en faveur de l’imposition d’une peine de longue durée. Il est probable que cette requête mette à nouveau en lumière les détails des atrocités commises par Camara au Libéria, qui contredisent directement les fausses déclarations qu’il a faites lors de son entrée aux États-Unis. Camara aura également la possibilité de répondre et de présenter ses propres arguments, et le jugement définitif sera rendu le 29 mai.
Bien que cette audience ait été, à certains égards, inhabituelle – ayant eu lieu si rapidement après un plaidoyer de culpabilité et avant l’audience officielle de détermination de la peine –, elle a donné aux victimes l’occasion de confronter Camara devant le tribunal et de consigner au dossier les nombreuses atrocités commises au Libéria pendant la deuxième guerre civile. Son aveu de culpabilité témoigne du courage des témoins qui se sont rendus aux États-Unis pour témoigner, et malgré les efforts déployés pour empêcher que les actes de Camara ne soient rendus publics, son affaire constitue une étape importante dans la recherche de la responsabilité pour les crimes commis lors des guerres civiles au Libéria.